DE DOHA À MONTREUX (SUISSE), QUE FAUT-IL ATTENDRE DES NÉGOCIATIONS BRINQUEBALANTES SUR LA PAIX EN RDC ? s’interrogent les observateurs internationaux

DE DOHA À MONTREUX (SUISSE), QUE FAUT-IL ATTENDRE DES NÉGOCIATIONS BRINQUEBALANTES SUR LA PAIX EN RDC ? s’interrogent les observateurs internationaux

IMMERSION DANS LES COULISSES DU NEUVIÈME ROUND EN TERRE SUISSE

C’est avec une stupéfaction difficile à contenir que les Congolais lambda avaient pu découvrir, à la télévision nationale, le soir du 23 mars 2025, une surprenante déclaration conjointe des représentants de la République Démocratique du Congo et de l’Alliance Fleuve Congo/Mouvement du 23 mars (AFC/M23). Avant cet avènement, le ton était plutôt à l’escalade guerrière de part et d’autre. Face aux accusations de terrorisme par le gouvernement de Kinshasa, le mouvement rebelle revendiquait plutôt une posture belliqueuse visant à contraindre le gouvernement de s’asseoir à la table des négociations. Bon an mal an, 13 mois plus tard, l’on peut au moins se satisfaire de l’observance mitigée de la trêve convenue, même si l’instauration d’un cessez-le-feu effectif demeure à ce jour un voeu pieux.

Depuis ce premier round de ce que la presse avait baptisé « processus de DOHA », au total 10 conventions ont été signées, lesquelles semblent se perdre dans le dédale de la fumisterie, témoignant ainsi d’un calme trompeur précédant la tempête.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que malgré la multiplication des rencontres et l’entregent des facilitateurs parmi les plus capés du gratin mondial, il n’a été possible d’obtenir ni les mesures d’établissement de confiance, ni la libération des détenus par la partie gouvernementale, ni le cessez-le-feu, ni l’ouverture des banques en zones rebelles, ni l’ouverture des aéroports de Goma et Bukavu, ni le débloquage du business humanitaire, et toujours pas l’implémentation du mécanisme conjoint de surveillance et de vérification du cessez-le-feu feu.

TOUT ÇA POUR ÇA ?

C’est à se demander pour quels résultats autant de partenaires multilatéraux ont été mobilisés sans pour autant parvenir à arrondir les angles de deux belligérants teigneux, toujours prêts à en découdre à la moindre étincelle ? D’autant plus qu’au 4 décembre dernier, un accord avait été signé en grande pompe aux États-Unis d’Amérique, sous le regard menaçant de Donald Trump en personne, entre le Président rwandais Paul Kagame et le congolais Félix Tshisekedi, présentés comme les véritables commanditaires du conflit. Preuve que la crise avait davantage à voir avec des empoignades congolo-congolaises, la ville stratégique d’Uvira tomba sans coup férir aux mains des rebelles, deux jours seulement après la signature de l’Accord de paix entre le Rwanda et la RDC.

Le fait est que malgré le statuquo cylothymique consécutif au processus de DOHA, les canons ne se sont jamais tu dans les hauts et moyens plateaux d’Uvira, de Mwenga et de Fizi, où drones kamikazes et artillerie lourde maintiennent les populations riveraines dans l’horreur; tout comme ailleurs sur les lignes de front supposément gelées de Lubero, Rutshuru, Masisi, Kalehe, Kabare, Shabunda et Walungu.

ESPOIRS DOUCHÉS À MONTREUX ?

À l’issue du huitième round du processus de DOHA annoncé comme étant celui de la fumée blanche de ces laborieuses négociations de paix, tous les fins limiers étaient à l’affût pour couvrir ou relayer la signature de l’Accord global de paix tant attendue. Mal leur en prit. Car à la place de l’épilogue heureux annoncé, l’opinion devrait se contenter, le 15 novembre 2025, de la signature d’un obscure accord cadre fixant huit protocoles, dont deux avaient déjà fait l’objet de consensus, sans la moindre perspective de mise en oeuvre. Toujours renvoyé aux calendes grecques, l’accord global de paix semblait finalement poindre à l’horizon, sur la foi de la dispositions ci-après de l’Accord cadre, à savoir : « l’Accord de paix global sera composé du présent accord cadre et de huit (8) protocoles, dont deux (2) ont déjà été signés, et de six (6) qui doivent être négociés entre les parties au plus tard deux (2) semaines après la signature du présent accord cadre ». En d’autres termes, s’il fallait s’en tenir à la lettre dudit accord cadre, le neuvième round du processus de DOHA devrait s’ouvrir fin novembre 2025, et livrer le dernier verdict à son point d’orgue.

Que nenni ! Il aura encore fallu attendre jusqu’au 13 avril 2026, soit cinq (5) mois plus tard, pour voir le neuvième round s’ouvrir à Montreux en Suisse, suite notamment à l’incertitude ambiante à DOHA, désormais dans l’oeil du cyclone de la guerre qui oppose l’Iran à l’axe USA-Israël.

Il s’ensuit que l’enthousiasme d’une solution définitive à la guerre dans l’Est de la RDC ne pouvait plus être raisonnablement au rendez-vous. Sur ces entrefaites, il était temps pour notre rédaction de profiter de l’accessibilité de la Suisse pour y dépêcher des fins limiers, à même de nous aider à démêler les méandres de ces fastidieuses délibérations dont il ne faille décidément pas attendre un miracle, à défaut de s’adonner à une prosopopée risquée des personnages en présence.

Entre DOHA et Montreux, un nouvel acteur de taille était apparu. L’Américain James Swan qui venait de succéder à la Guinéenne Bintou Keïta à la tête de la Monusco occupait bel et bien les premières loges, toujours prompt à souffler aux oreilles des délégués venus de Kinshasa, décidément pris en affection, aggravant si besoin en était la suspicion des missionnaires de Corneille Nangaa, plus enclins à déceler la partialité flagrante du nouveau Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU en République Démocratique du Congo.

Encore moins subtile que son compatriote des Appalaches, Massad Boulos tenait bien son rang. Soucieux de lancer les hostilités sous des meilleures hospices, l’homme d’affaires américain d’origine libanaise aura, hélas, biaisé la démarche classique de construction du consensus en multipliant des oukases à l’endroit de quiconque s’aviserait de retarder la signature des protocoles restants. Sur une tonalité comminatoire assortie des menaces des sanctions, Massad Boulos, sans doute pas habitué aux joutes diplomatiques, perdait ainsi non seulement son sang froid, mais aussi l’ascendant qui sied à tout médiateur impartial.

Du côté des protagonistes congolais, l’écart était saisissant.

Tirés à quatre épingles avec vêtements de luxe « griffés » et chaussures de grande marque, les officiels venus de Kinshasa, soigneusement parfumés, aimaient à déambuler les bras balants, doublés d’une outrecuidence présomptueuse qui en disait long quant à leur manque de concentration sur les dossiers à traiter. Assurés on ne sait comment d’avoir pour eux les faveurs des médiateurs américains, ils regimbaient presqu’instinctivement à la moindre réserve émise par les facilitateurs de l’Union africaine, soupçonnés dans la foulée de faire les yeux doux aux rebelles. Tout portait à croire que les douze (12) délégués de Kinshasa étaient d’ores-et-déjà convaincus de raffler la mise avant même les échanges d’amabilités et les passes d’armes.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le calme olympien de la délégation des rebelles avait quelque chose de déroutant. Au point de faire pâlir d’admiration le principal médiateur qatari, susurrant sous cape sur l’invariable équanimité des mandataires de Goma, auxquels s’étaient joints d’affables diplomates, tout aussi studieux et méthodiques que leurs devanciers. Avec des arguments concatenés sur l’ordre du jour auquel ils n’avaient pourtant pas été préalablement associés, les négociateurs rebelles n’ont pas pu rencontrer d’obstacles majeurs lorsqu’il était question d’aligner des faits irréfragrables à l’appui de leurs observations, plus précisément au sujet de la non matérialisation des protocoles déja signés, auxquels il ne serait pas défendable d’ajouter d’autres protocoles. D’où l’impérieuse nécessité d’occuper les heures de travail disponibles à ruminer sur les arriérés des rounds précédents, relativement en l’occurrence à l’opérationnalisation du mécanisme, élargi à l’AFC-M23, de surveillance et de vérification du cessez-le-feu, l’accès humanitaire, la protection judiciaire, et la libération des prisonniers.

Débutés le 13 avril, les travaux de Montreux se sont clôturés le 18 avril 2026, avec une moisson sommaire, à en juger par les grandes ambitions affichées par la médiation à l’ouverture.

AVENIR EN POINTILLÉS…

Selon que le Conseiller spécial du Président Trump pour l’Afrique et le moyen Orient, Massad Boulos, fera respirer son agenda après les pourparlers en cours entre son Liban natal et Israël, le dixième round du processus de DOHA s’annonce déjà pour les tout prochains jours toujours en Suisse. Pas sûr que les délégués des deux camps puissent à nouveau se présenter dans des meilleures dispositions, au regard des disparités de traitement dont ils font l’objet de la part des principaux médiateurs. À ce rythme, la montagne risque une fois de plus d’accoucher d’une souris naine, dans un interminable processus de paix qui ne saurait se terminer autrement qu’en eau de boudin.

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